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Histoire · Empires, d’Orient et d’Occident

Alexandre : le monde devient global

En douze ans, un roi de vingt ans conquit le monde connu — et le fusionna. La première mondialisation avait un nom : Alexandre.

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Histoire 336–323 av. J.-C.

Il avait vingt ans quand il monta sur le trône, trente-deux quand il mourut à Babylone. Entre les deux, Alexandre de Macédoine conquit plus de terre qu’aucun homme avant lui — et ce faisant, il cousit l’Orient à l’Occident en un seul monde connecté, pour la première fois de l’histoire.

L'empire en images

La mosaïque d'Alexandre, exhumée à Pompéi : Alexandre le Grand chargeant à la bataille d'Issos, en 333 avant notre ère
Alexandre à la bataille d'Issos — la mosaïque romaine de Pompéi, musée de Naples
Grèce Alexandrie Tyr Gaugamèles Babylone ★ Indus
Apogée territoriale — carte stylisée
336–323 av. J.-C. Trône à vingt ans 331 Gaugamèles 331 Fondation d'Alexandrie 323 Mort à Babylone à trente-deux ans
Ascension · apogée · chute
La conquête et ses suites La conquête douze ans Les guerres des successeurs quarante ans
La conquête et ses suites

La découverte

En douze ans, de 336 à 323 avant notre ère, Alexandre parcourut quelque trente mille kilomètres : la Grèce, l’Égypte, le cœur de l’Empire perse, l’Hindu Kuch, jusqu’à l’Indus. Jamais une armée n’était allée si loin, si vite, en restant unie. Il ne perdit aucune bataille — et ne rentra jamais.

Par qui

Par Alexandre III de Macédoine, fils de Philippe II — le génie militaire qui avait bâti l’armée — et élève d’Aristote, qui avait rempli la tête de l’enfant d’Homère et de l’idée que les Grecs étaient faits pour commander aux barbares. Autour de lui marchaient quarante mille Macédoniens et Grecs, et les généraux qui hériteraient de son monde : Ptolémée, qui prit l’Égypte ; Séleucos, qui prit l’Asie ; Antigone et les autres, qui passèrent quarante ans à se disputer les morceaux.

Comment

La vitesse, la poliorcétique et le théâtre. Au Granique, à Issos et enfin à Gaugamèles en 331, la phalange compacte et la cavalerie des Compagnons brisèrent les armées immenses de Darius III — la qualité dévorant la quantité. Le siège de Tyr, forteresse insulaire, sept mois durant, annonça qu’aucun mur ne l’arrêterait. En Égypte, il fonda Alexandrie en 331, la ville qui abriterait la grande Bibliothèque et le Phare, merveille du monde. Il épousa des nobles perses à Suse, habilla sa cour à la perse, recruta de la cavalerie perse — la fusion comme politique. Puis, à Babylone en 323, à trente-deux ans, la fièvre le tua — et le plus grand empire jamais assemblé fut adjugé à ses généraux.

L’onde de choc

La vraie conquête d’Alexandre ne fut pas le territoire, mais la connexion. Il sema des cités de langue grecque — plus de vingt Alexandrie — de l’Égypte à l’Asie centrale, et le grec commun qui en résulta, la koinè, devint la première langue mondiale : celle des marchands, des savants, puis du Nouveau Testament, parlée de Marseille au Pendjab. Les cultures fusionnèrent à une échelle inédite : des sculpteurs grecs taillèrent au Gandhara les premières images humaines du Bouddha, drapé en toge ; l’astronomie babylonienne épousa la géométrie grecque ; prêtres égyptiens et administrateurs perses travaillaient en grec.

Alexandrie devint le cerveau du monde antique : Euclide y écrivit ses Éléments, Archimède y étudia, Ératosthène y mesura la circonférence de la Terre — à quelques pour cent près — deux mille ans avant qu’on s’y essaie de nouveau. Les routes commerciales durcirent en artères qui deviendraient la route de la soie, reliant la Chine, l’Inde, la Perse et la Méditerranée en un seul système commercial.

Rome hérita intacte de la moitié orientale de son monde — sa langue, ses cités, sa science — et par Rome, Byzance et Bagdad, l’héritage hellénistique parvint à la Renaissance et aux temps modernes. L’État-nation prétendrait plus tard que le monde est naturellement divisé ; Alexandre prouva, vingt-trois siècles plus tôt, qu’il est naturellement connecté. La mondialisation n’est pas neuve. Elle a un fondateur, et il est mort à trente-deux ans.

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