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Histoire · L’atlas des empires

Les Fatimides : le califat qui bâtit Le Caire

Ils fondèrent al-Qahira — « la Victorieuse » — et son université enseigne encore.

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Atlas des empires 1171

Le Caire est la plus grande ville du monde arabe — et elle fut fondée comme le monument de victoire d’un calife. Les Fatimides, dynastie ismaélienne se réclamant de Fatima, la fille du Prophète, régnèrent deux siècles et demi sur l’Afrique du Nord et le Levant, bâtirent l’une des grandes capitales de l’islam et fondèrent une université qui n’a jamais fermé ses portes depuis.

En bref : 909–1171 · Capitales : al-Mahdiya, puis al-Qahira (Le Caire, fondé en 969) · Apogée : l’Afrique du Nord, l’Égypte, le Levant, la Sicile

L'empire en images

La mosquée Al-Azhar du Caire, fondée par le califat fatimide en 970
La mosquée Al-Azhar, au Caire — fondée par les Fatimides en 970, l'une des plus anciennes universités du monde
al-Mahdiya al-Qahira (Le Caire) ★ Sicile le Levant Hedjaz
Apogée territoriale — carte stylisée
909 Le califat proclamé 969 Le Caire fondé 970 Al-Azhar fondée 1099 Les croisés au Levant 1171 La fin : Saladin
Ascension · apogée · chute

La montée

L’histoire fatimide ne commence pas par une armée mais par une mission. Des prédicateurs ismaéliens — adeptes d’une branche du chiisme faisant remonter l’imamat à Ismaïl — passèrent des décennies à convertir les tribus berbères de l’actuelle Tunisie et de l’actuelle Algérie. En 909, leur œuvre porta ses fruits : les tribus se soulevèrent, les maîtres locaux tombèrent, et Abdallah al-Mahdi fut proclamé calife à al-Mahdiya, ville-forteresse nouvelle sur la côte tunisienne. Un califat né de la prédication, puis affermi par l’épée.

Ce qui rendait les Fatimides redoutables, c’était la combinaison : une légitimité religieuse qui mobilisait, et un appareil d’État qui administrait. Ils se disaient descendants de Fatima, la fille du prophète Mahomet — d’où leur nom — et revendiquaient par là la direction légitime du monde musulman tout entier, contre les Abbassides sunnites de Bagdad. C’était une prétention à l’autorité universelle, adossée à des armées disciplinées et à un trésor nourri du commerce méditerranéen.

L’apogée

Le geste décisif vint en 969, quand le général fatimide Jawhar al-Siqilli conquit l’Égypte. Le calife al-Muizz ordonna de bâtir une capitale neuve près de la vieille ville de garnison de Fustat : al-Qahira, « la Victorieuse ». Un an après sa fondation, la mosquée d’al-Azhar s’élevait en son cœur — fondée en 970, elle demeure l’une des plus anciennes universités du monde en activité continue, aujourd’hui centre intellectuel de l’islam sunnite malgré sa fondation ismaélienne chiite. (L’Histoire, comme toujours, refuse de rester dans la case qu’on lui assigne.)

À leur faîte, les Fatimides régnaient de la lisière atlantique du Maroc au Hedjaz, avec le Levant, la Sicile et le commerce de la mer Rouge dans leur orbite. Leurs dinars d’or étaient la monnaie forte de la Méditerranée ; leur cour du Caire éblouissait les visiteurs par le cérémonial, les bibliothèques et une bureaucratie employant chrétiens, juifs et musulmans sans distinction. Un siècle durant, Le Caire — et non Bagdad — fut le centre étincelant du monde islamique.

La chute

Ce qui défit les Fatimides, ce ne fut pas la défaite mais la dilution. Les califes se retirèrent dans le rituel palatial pendant que vizirs et généraux — de plus en plus de soldats-esclaves turcs et arméniens — gouvernaient l’État ; les croisés s’emparèrent de la côte levantine en 1099 ; et le trésor, jadis sans fond, se tarit. Au XIIᵉ siècle, le calife n’était plus qu’une figure décorative dans sa propre capitale.

La fin arriva en 1171 avec un jeune général kurde nommé Saladin, devenu vizir, qui abolit tout simplement la dynastie et ramena l’Égypte dans l’obédience sunnite. Le dernier calife fatimide mourut en captivité palatine ; l’appel ismaélien à la prière se tut dans les mosquées du Caire. Deux siècles et demi de califat s’achevèrent non par un siège mais par une note administrative. Le pouvoir, en vérité, avait quitté le palais des années auparavant.

L’héritage

L’héritage fatimide s’écrit sur la silhouette du Caire. Les murailles de la ville, ses grandes portes, les mosquées d’al-Azhar et d’al-Hakim — le tissu urbain du Caire médiéval est œuvre fatimide, foulé chaque jour par vingt millions d’habitants. Et al-Azhar elle-même, fondée par un calife ismaélien, devint le premier siège du savoir sunnite sur terre : un millénaire d’enseignement continu, né d’une fondation que ses fondateurs n’auraient pu prévoir.

Plus profond encore, les Fatimides prouvèrent que les âges d’or de la civilisation islamique furent pluriels — qu’un califat chiite pouvait présider à un épanouissement de la science, de l’administration et de l’art rivalisant avec Bagdad. Leurs bibliothèques, leur monnaie, leur cour cosmopolite témoignent toutes de la même vérité : la plus riche civilisation de la Méditerranée médiévale n’était pas en Europe. Elle était sur le Nil, derrière les murailles de la Cité victorieuse.

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