En 1526, Babur — descendant de Tamerlan et de Gengis Khan — franchit l'Hindou Kouch avec douze mille hommes, des canons et une conviction : l'Inde lui appartenait. À Panipat, son artillerie faucha l'armée du sultan de Delhi. Trois cent trente et un ans plus tard, le dernier empereur moghol quittait enchaîné cette même ville, déposé par les Britanniques. Entre ces deux scènes s'étend l'empire le plus riche de son temps, une dynastie qui gouverna un quart de l'économie mondiale — et le tombeau de marbre blanc devenu le visage de l'Inde.
L'empire en images
L'ascension
Babur n'avait rien d'un envahisseur ordinaire. Prince de Ferghana, chassé de Samarcande, il tenait de Tamerlan le sang et de Gengis Khan la légende ; il avait aussi quelque chose que ses ancêtres n'avaient pas : l'artillerie ottomane et des mousquets. À Panipat, le 21 avril 1526, douze mille hommes en carrés de chariots écrasèrent une armée de cent mille. L'année suivante, à Khanwa, il brisa la confédération râjput. L'empire était né d'une poudre nouvelle.
Son fils Humayun le perdit presque aussitôt — chassé par Sher Shah Suri, réfugié en Perse, il reconquit Delhi en 1555 et mourut l'année suivante en tombant d'un escalier de sa bibliothèque. Ironie de l'histoire : le fondateur d'une dynastie de trois siècles mourut d'une chute domestique. Son fils Akbar, treize ans, hérita d'un empire fragile et en fit une machine. Cinquante ans de règne : l'administration du revenu foncier de Todar Mal, la hiérarchie des mansabdars, la tolérance religieuse en politique d'État — hindous, musulmans, jaïns et chrétiens à la cour —, et Fatehpur Sikri, la capitale de grès rouge où il tenait conseil. Akbar ne conquérait pas seulement des terres ; il conquérait des loyautés.
L'apogée
Sous Jahangir, l'empire devint un atelier : la miniature moghole atteignit son sommet, Nur Jahan gouverna dans l'ombre du trône, et les ambassadeurs européens découvraient une cour plus riche que la leur. Puis vint Shah Jahan, le bâtisseur. Pour Mumtaz Mahal, morte en couches, il éleva sur la rive de la Yamuna le Taj Mahal — 1632 à 1653, vingt mille artisans, le marbre blanc et la symétrie parfaite —, puis à Delhi le Fort Rouge et la grande mosquée Jama Masjid, et le trône du Paon, incrusté de joyaux, d'où l'empereur recevait le monde.
L'apogée n'était pas seulement de pierre. Vers 1700, l'empire moghol produisait près d'un quart du produit mondial — textiles, indigo, épices, salpêtre —, nourrissant cent cinquante millions d'âmes sur presque tout le sous-continent. Aucun État de l'époque, pas même la Chine des Qing, ne concentrait autant de richesse. Les Européens n'étaient alors que des marchands à ses portes, venus acheter ce que l'Inde fabriquait. Le monde tournait autour de l'atelier moghol.
La chute
La chute commença par l'hubris. Aurangzeb, qui déposa son père en 1658, régna cinquante ans sur l'empire le plus vaste que l'Inde eût connu — et le ruina par excès de vertu et de guerre. Orthodoxie rigide, jizya rétablie, temples détruits : la tolérance d'Akbar fut démontée pierre à pierre, et avec elle les loyautés qu'elle avait achetées. Les guerres sans fin du Deccan contre les Marathes saignèrent le trésor ; à sa mort en 1707, l'empire était immense et creux.
Les Marathes rongèrent le sud pendant que Delhi pourrissait. En 1739, Nadir Shah de Perse saccagea la capitale, emportant le trône du Paon et le diamant Koh-i-Noor — le pillage le plus riche de l'histoire. Puis vint la Compagnie des Indes orientales : Plassey en 1757, Buxar en 1764, et l'empereur ne fut plus qu'un pensionné à Delhi. La révolte de 1857 fit de lui un drapeau un instant ; écrasée, elle coûta le trône à Bahadur Shah Zafar, déporté en Birmanie. Trois siècles après Panipat, la dynastie s'éteignit en exil.
Le paradoxe moghol est que l'empire tomba, mais la dynastie ne disparut jamais vraiment. Le Taj Mahal est devenu le visage de l'Inde ; l'ourdou, langue de la cour, est aujourd'hui parlé par des centaines de millions d'hommes ; la cuisine, l'architecture, l'administration foncière du sous-continent portent encore l'empreinte des empereurs. Un quart du PIB mondial ne se reconquiert pas — mais il se lègue.
Le reste est mémoire, et la mémoire est encore disputée : entre l'Inde qui revendique le Taj et oublie les empereurs, et le Pakistan qui revendique les empereurs et n'a pas le Taj, la dynastie reste un champ de bataille. Les bâtisseurs de marbre blanc gouvernèrent l'économie du monde ; leurs héritiers se disputent encore leur ombre.