Pendant cinq ans, l’organisation la plus redoutée de la planète fut aussi un État. Elle tenait des villes, levait l’impôt, frappait sa monnaie d’horreur — puis, entre 2017 et 2019, elle perdit tout ce qu’elle avait pris. L’EI brûla vif, et mourut petit.
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Le califat en images
L’ascension
Le groupe qui allait se faire appeler l’État islamique monta en puissance en 2013–14, se nourrissant de la guerre syrienne et du délitement de l’Irak. Il était rapide là où les armées étaient lentes, discipliné là où les États étaient corrompus — et il comprenait le spectacle.
Le choc vint le 10 juin 2014 : Mossoul, deuxième ville d’Irak, tomba en quelques jours. Dix-neuf jours plus tard, le 29 juin 2014, son chef proclamait un califat — un État, sur le papier, enjambant les ruines de deux pays.
L’apogée et la chute
À son apogée, en 2014–15, le califat tenait des territoires à travers l’Irak et la Syrie — villes, champs pétroliers et des millions de gens sous son drapeau noir. Puis vint la coalition : des années de frappes aériennes, de forces kurdes et irakiennes au sol, l’étranglement lent d’une économie bâtie sur l’extorsion.
La fin commença par la capitale de la conquête. Mossoul fut reprise en juillet 2017 ; Raqqa, capitale syrienne du califat, tomba en octobre 2017.
La fin
Le dernier fragment tint bon à Baghouz, un village de l’Euphrate, pendant l’hiver 2018–19. Le 23 mars 2019, il tomba. Le califat territorial — l’État proclamé en juin 2014 — ne contrôlait plus un pouce de terrain.
Le califat territorial avait disparu. Et en 2020, l’attention du monde pivota vers la COVID — la fin du califat n’arrivant pas comme l’histoire de l’année, mais à l’ombre d’une pandémie qui avala tous les gros titres.
En cinq ans, l’EI accomplit ce dont des décennies d’idéologues n’avaient que rêvé : il bâtit l’État qu’il prêchait — puis il le perdit, en public, ville par ville, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un camp de tentes sur l’Euphrate. Le califat qui brûla vif mourut petit : ni territoire, ni trésor, ni l’aube apocalyptique promise. Ce qu’il laissa derrière lui fut un modèle — la preuve que quelques milliers d’hommes armés de caméras et de cruauté pouvaient, un temps, tenir un État en otage. Le monde en retint la leçon ; puis il changea de chaîne.